De la noirceur à la création : ce que l’effondrement m’a appris

De la noirceur à la création : ce que l’effondrement m’a appris

Il y a des moments où l’incertitude dépasse la stabilité.

Même celle que l’on a patiemment construite, année après année.

Il arrive que ce que nous pensions acquis s’évapore soudainement. Comme des grains de sable qui glissent entre les doigts, malgré les poings serrés, presque comme si notre vie en dépendait.

Certains patients ont mis des mots très justes sur cette expérience. Ils parlent de trous noirs qui aspirent tout, y compris soi-même. De nuages sombres qui brouillent la vision, anesthésient les sensations. D’alarmes intérieures qui hurlent le danger alors que, dehors, tout semble calme.

Ces images varient, mais elles racontent une même réalité psychique.

Une réalité que je connaissais déjà… et que j’ai rencontrée à nouveau en cette année 2026.

À l’époque, c’était sur un plan personnel. Aujourd’hui, c’est mon identité professionnelle qui a été touchée. Pendant longtemps, mon identité professionnelle a été un appui solide. Elle m’a permis de me construire, de me déployer, de donner un sens à mes choix, de tracer une direction.

Puis, en 2025, elle a vacillé. J’avais pris, dès 2023, un tournant qui n’était probablement pas le mien. J’en ressens aujourd’hui les effets différés : ceux d’un désalignement profond, que je me suis imposé pendant plusieurs années.

L’ambition, la vision à grande échelle, l’envie d’un collectif pensé autrement - plus humain, plus responsable, plus autonome - se sont heurtées à une réalité bien plus contraignante. Les limites du système, les réglementations, les rapports de subordination ont progressivement rendu impossible l’incarnation de cette vision pourtant très claire intérieurement.

La réalité finit toujours par rattraper ce que l’on force. Chez moi, elle l’a fait de manière assez brutale. Jusqu’à m’obliger à tout arrêter : la course contre le temps, le corps, le mode de fonctionnement habituel.

C’est à ce moment-là que l’obscurité, déjà présente en arrière-plan, m’a véritablement encerclée. Là où je restais fixée sur une lueur future que je pensais proche, l’obscurité est venue me rappeler qu’elle était en réalité lointaine, parfois même inexistante.

Il ne s’agissait plus d’avancer, mais de regarder. Regarder ces fumées noires, denses, enveloppantes, suffocantes. Y rester suffisamment longtemps pour retrouver un centre.

Ralentir.

Penser autrement.

Comprendre ce qui m’avait menée là.

Dans ma pratique, je vois souvent mes patients lutter contre ces zones sombres avec autant de courage qu’elles semblent avoir de puissance.

Je ne prétends pas les traverser parfaitement moi-même. Elles restent impressionnantes, peu attirantes, parfois même terrifiantes.

Mais l’expérience m’a appris une chose essentielle :

lorsqu’on accepte de les regarder, d’y entrer, d’y rester un moment, la cécité tant redoutée ne dure jamais aussi longtemps qu’on l’imaginait.

Peu à peu, autre chose apparaît.

D’autres perspectives.

D’autres formes.

Des courbes, des angles, des virages jusqu’alors invisibles.

Ils étaient là, calmes, patients, attendant simplement que le regard puisse à nouveau se poser.

L’être humain cherche souvent la reconnaissance à l’extérieur, oubliant que des chemins intimes, silencieux, intérieurs cherchent eux aussi à être reconnus … par nous-mêmes.

C’est ainsi que j’aime penser nos rêves, nos ambitions, nos élans vitaux. Ils ont besoin d’être accueillis pour sortir de l’anonymat et trouver leur place au cœur de notre vie psychique.

C’est, pour moi, le cœur même du Seeking, cette dynamique fondamentale décrite en neurosciences affectives par Jaak Panksepp (et que je transmets dans le programme Emotionnel et dans la formation Emotions).

L’un de ces chemins a pris le nom d’esprit CREAT.

La graine était là bien avant la noirceur. Je l’avais sentie. Mais elle n’a pu véritablement germer qu’au cœur du cyclone. Dans la douleur, certes, mais aussi avec beaucoup de ténacité, de patience, d’amour et d’espoir.

Du nom aux couleurs, de l’ambiance aux écrits, de la structuration à la vision globale, tout est né de ce vide apparent.

Par la créativité.

Par la douceur devenue nécessaire.

Par le besoin profond de confort, de cohérence et d’alignement.

Parfois, les certitudes ont besoin d’être ébranlées pour que de nouvelles lignes puissent apparaître. Pour que d’autres aspérités prennent corps. Pour que de nouveaux chemins deviennent possibles.

Je ne fais pas partie de ceux qui idéalisent le passé. Le passé ne sert pas à être regretté, ni à être effacé. Il sert à construire ce que nous sommes aujourd’hui, sans nous y enfermer. Il nous renseigne sur nos ressources, nos vulnérabilités, nos points de vigilance. Il nous indique où réparer, où ajuster, où affiner. Il éclaire aussi nos possibilités de déploiement, d’alignement et d’évolution.

Le passé est un ancrage. Pas une ancre.

Il ne fige pas. Il recentre.

Et, lorsque le présent est juste, il permet de se remettre en mouvement.

L’univers CREAT n’est pas un aboutissement. C’est un lieu et un espace en mouvement, pensé pour celles et ceux qui sentent que quelque chose cherche à se réorganiser, à se clarifier, à s’aligner autrement.

Ici, les zones floues ont le droit d’exister. Celles où les remises en question ne sont pas des échecs et où les temps de ralentissement ne sont pas des reculs.

Si vous êtes ici, c’est peut-être que quelque chose en vous demande de l’attention, du temps, de la justesse.

Vous êtes les bienvenus dans cet espace. Tel que vous êtes. Là où vous en êtes.

Le reste pourra se dessiner ensuite.

Des espaces de soin, de relation et de transmission, au service des processus humains.

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